Jean-Philippe Blondel – La grand escapade

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Jean-Philippe Blondel – La grand escapade

Le Paris de l’année 1975 est bien différent de celui d’aujourd’hui. La petite communauté du groupe scolaire Denis-Diderot maintient encore l’image de la famille classique et tout marche bien en conformité avec les règles établies depuis toujours. Mais, peu à peu, la façade commence à avoir des fissures, ce sont avant tout les femmes qui commencent à se demander si la vie telle quelle se présente est vraiment ce dont elles rêvaient et celle qu’elles veulent mener. L’introduction de classes mixtes dans l’école alors n’est que le début de changements profonds qui, principalement, circulent autour des femmes.

Jean-Philippe Blondes a créé un microcosme qui – vu du dehors – fonctionne parfaitement et représente un idéal traditionnel. Les familles avec leurs gamins vivent une vie tranquille qui n’est pas perturbée de n’importe quoi. En regardant derrière ce portrait public, une autre image se présente. Les femmes ont le droit de travailler – mais seulement dans la maternelle, être institutrice, ça, c’est bien, mais prof en CM 2, c’est tout à fait autre chose, une tâche pour un homme certainement. Cela ne les empêche pas de rêver et d’imaginer une autre vie.

« On a vécu mai 68, même si on avait déjà la trentaine bien sonné et si on ne comprenait pas toutes les revendications des étudiants. Le monde occidental vit des transformations sociales et sexuelles qui remettent en cause l’ordre établi (…) »

La petite communauté a encore bien de pas à faire, mais c’est le début. Comme les autres livres de Jean-Philippe Blondel, j’ai bien aimé lire celui-ci. C’est avant tout son ton narratif que j’adore. Il y a une légèreté et une gaieté qui permet à l’auteur d’appuyer sur la chanterelle sans être trop dur ou malin. Ainsi, il fait le portrait d’un moment décisif au niveau de la société mais aussi au niveau personnel – c’est bien dans cette année-là que les gamins progressent de l’enfance à l’adolescence, le moment où ils perdent la naïveté et la confiance que tout finira bien.

Yann Ollivier – En attendant Boulez

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Yann Ollivier – En attendant Boulez

Ça ne fait pas longtemps que Jade Valois fait partie de l’équipe et la seule raison de l’accepter était qu’elle savait parler le chinois. Et maintenant, c’est sa chance : dans la Philharmonie, une pianiste chinoise a été tuée et l’affaire est délicate comme le gouvernement chinois se mêle immédiatement. La jeune Han Li devait présenter la première d’un œuvre exceptionnel par Entertainment Inc : « Chopart », un projet crée uniquement par les algorithmes et attendu avec grand intérêt par le public culturel. Que sait l’intelligence artificielle créer ? Mais d’abord, ce sont les humains qui sont au centre d’intérêt de la jeune policière car le meurtre de la pianiste est seulement le début d’une série d’assassinats au monde de musique.

Le titre déjà indique qu’on va parler de la musique, le compositeur et chef d’orchestre Pierre Boulez est bien connu comme un enfant terrible à cause de ses polémiques. Boulez a joué un rôle important dans le développement de la musique électronique, dans le roman de Yann Ollivier, cela avance encore, c’est seulement le logiciel maintenant qui devient créateur et qui remplace l’homme.

J’ai bien aimé le personnage principal, Jade Valois, une jeune femme qui grâce à ses connaissances du chinois et de la musique classique peut résoudre ce cas complexe. Yann Ollivier a parfaitement dessiné le monde de la musique classique et il ne faut pas longtemps pour s’y perdre. Ce qui m’a intéressé avant tout, c’était une petite action secondaire : le problème du copyright si le créateur n’est pas un être humain.

Gauz – Camarade Papa

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Gauz – Camarade Papa

„Camarade Papa“ offre une vue particulière sur la colonisation française. C’est cela qui m’a avant tout attiré. L’histoire se passe vers la fin du 19e siècle au milieu du combat entre la France et l’Angleterre pour la prédominance en Afrique. Qui sera le premier, qui aura plus de terre gagnée à la fin ? La perspective des Africains n’intéresse pas, c’est l’Europe qui domine et qui décide. Un siècle plus tard, un descendant des Africains qui ont vu leur terre être emparée par les Français, se met à la recherche de son histoire à Amsterdam et en Afrique.

L’intrigue et le point de vue particulier sont deux forts arguments pour lire ce roman. C’est dommage que j’avais de grands problèmes à vraiment y retrouver ce que j’attendais, je me sentais parfois plutôt perdue. Quoique je sois parvenue à le terminer, j’ai l’impression de ne pas vraiment avoir compris le contenu.

Fabrice Pliskin – Une histoire trop française

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Fabrice Pliskin – Une histoire trop française 

Jean Jodelle est entrepreneur et philanthrope. Il aime son travail car il rend possible aux femmes d’avoir des corrections esthétiques pour peu d’argent. Ses prothèses sont les plus bon marchées dans le monde entier. En plus, il vit l’idéal de diversité dans son entreprise en précisément sélectionnant ses employés. Afin que l’équipe soit motivée, il leur envoie un poème chaque matin. Quand son ami d’enfance Louis a besoin d’un poste, il l’embauche directement. Il ne dure pas trop longtemps jusqu’à ce que celui-ci comprend comment le principe de l’usine Jodelle Implants fonctionne : pour garantir un prix minime, on n’utilise pas le gel prescrit mais du matériel sans admission pour l’usage médical. Tout le monde se réjouit des frais, mais le vrai prix qu’ils paient est beaucoup plus haut.

« Une histoire trop française » rappelle vite le scandale des prothèses mammaires PIP qui a choqué non seulement la France en 2010. Fabrice Pliskin raconte l’histoire d’un point de vue très personnel d’un côté du patron, de l’autre de Louis. Ce qui est frappant est le fait qu’on arrive même à comprendre leurs arguments. S’ils travaillent avec du matériel agrée, leurs prothèses deviennent trop chères et ainsi, cent vingt personnes risquent de perdre leur travail. Cent vingt familles sans revenu, cent vingt familles qui affectent la sécurité sociale. Comme ils exportent la majorité de leurs produits et comme la plupart des femmes les utilise sans nécessité mais plutôt à cause de vanité, le risque est acceptable. Quand même, l’un ou l’autre a des doutes et une mauvaise conscience ce qui est rassurant du moins.

Quoique le sujet soit grave, en plus comme l’histoire n’est pas du tout fictive mais réelle, l’auteur arrive à présenter l’affaire d’une manière ironique et souvent amusante. J’ai pris beaucoup de plaisir en lisant avant tout quand la démesure de Jean Jodelle parle : il a un comité « extraordinaire » qui est convoqué chance année au mois de novembre. Il lui offre la décision entre le gel Jodelle et le gel « Bruxelles » et son « réponse engage l’avenir de l’entreprise ». Cette mascarade aide les employés à se sentir moins coupable comme la décision a été prise collectivement et Jean Jodelle réaffirme chaque année que ce qu’il veut « par-dessus tout, c’est éviter un drame humain. »  Fraternité – un des principes de la révolution a été transformer en « fraternité dans la faute, fraternité dans la fraude. » Ils sont dans la même galère et attendent la chute ensemble.

Ce qu’on comprend vite en lisant, c’est comment les structures humaines fonctionnent. La pression du groupe sous un leader charismatique les empêche d’agir avec raison. Ainsi, un des plus importants scandales sanitaires se pouvait produire.

 

Pierre Mari – Les sommets du monde

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Pierre Mari – Les sommets du monde

Algérie, fin des année 50. C’est la guerre. La guerre avec la France, la mère patrie. Quelques-uns continuent leur vie comme rien ne se passe, d’autres songent à quitter le pays. Chaque promenade pourrait être la dernière, l’avenir n’est pas encore décidé. On essaie de continuer, s’arranger entre OAS et FLN, entre grève générale et vie quasiment normale. Après tout, l’Algérie, c’est la France comme l’Auvergne ou l’Alsace, n’est-ce pas ?

Avec peu de connaissances sur la guerre en Algérie, il n’était pas du tout facile à suivre l’action. Le fait que celle-ci saute dans le temps n’aide pas non plus. Ce qui était le plus intéressant pour moi, c’était la manière de continuer sa vie en temps de guerre. Le protagoniste va au travail, fait la connaissance de femmes, rentre la famille et des amis – juste parfois la vie est interrompue par les actions du militaire de l’un côté ou de l’autre. Ce sont avant tout les raisonnements sur l’avenir algérien qui m’ont captivé. D’un point de vue d’aujourd’hui, c’est clair que le pays doit être indépendant, mais dans les année 50, ce n’était apparemment pas aussi évident. Créer un état fédéral où les différents groupes peuvent vivre en coexistence et l’un à côté de l’autre est seulement un concept discuté dans le roman. Mais, le lien entre eux, l’élément qui crée l’identité, c’est quoi enfin ? Pierre Mari a vraiment réussi à mettre en relief le conflit de ceux qui aimaient l’Algérie et la France en même temps et pour qui les deux pays et les deux identités n’étaient pas un contraste mais un ensemble indispensable.