Vanessa Springora – Le consentement

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Vanessa Springora – Le consentement

« La littérature excuse-t-elle tout ? »

C’est une des multiples questions que Vanessa Springora pose dans son livre « Le consentement » qui a peut-être provoqué le plus grand scandale littéraire de l’année 2020. L’éditrice raconte l’histoire comment elle, à l’âge de seulement quatorze ans, a été séduite par Gabriel Matzneff, un ami de sa mère et auteur reconnu qui a franchement parlé dans ses livres de sa préférence sexuelle pour les très jeunes filles et garçons sans que jamais quelqu’un aurait désapprouvé. C’est l’histoire d’une fille qui se sent aimée, qui comprend que ce qu’elle vit doit se passer à l’ombre comme ce n’est pas tout à fait accepté moralement, mais qui, en même temps, ne se voit pas comme « victime », mais comme une jeune femme qui aime. C’est seulement quand elle se reconnaît dans les récits de l’auteur qu’elle se sent abusée et qu’elle développe le désir de s’emparer de son propre histoire.

Il est vraiment difficile de ne pas avoir entendu parler de l’affaire Matzneff et ce sont les nombreux articles de journaux et reportages radiophoniques qui m’ont intrigués à lire le livre de Vanessa Springora. A mon avis, c’est un document à ne pas rater, non seulement pour soi-même se forger une opinion en ce qui concerne le scandale, mais avant tout, parce qu’elle permet de suivre ses pensées et ses sentiments en temps de son relation avec Matzneff qui ne correspond pas du tout à l’idée d’un abus de mineurs mais qui est beaucoup plus compliquée et pour cette raison intéressante.

Avant tout, « Le consentement » est un document de la pensée des soixante-huitards. La relation d’un quinquagénaire avec une adolescente est inimaginable aujourd’hui, selon l’idée de la liberté totale, il n’y a rien de choquant, au contraire, l’initiation devient presqu’une obligation. Quoique ce soit difficile à accepter, il y a une certaine logique comme dans la vision du monde de la jeune Vanessa pour qui l’intérêt et l’admiration d’un homme aide à devenir vivante. Au moment où elle est ensemble avec l’auteur, c’est seulement savourer le jour, c’est beaucoup plus tard qu’elle va éprouver vraiment les conséquences de cette relation.

Ce qui est étonnant et certainement choquant, c’est que tant d’adultes avaient connaissance de cette liaison singulière mais aucun d’entre eux – même pas ses parents et ses profs ! – la désapprouvait ou prenait des mesures pour protéger la fille. Peut-être que vraiment les temps ont changés – au moins le fait que le scandale est bien existant et ainsi fait preuve de cela – mais c’est peu compréhensible aujourd’hui comment au vu et au su de tout le monde cela se pouvait dérouler.

A part du contenu totalement captivant, c’est aussi la manière de raconter que j’ai adorée et qui évoquait plutôt un entretien avec une amie qu’un roman.

Sofia Lundberg – Un petit carnet rouge

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Sofia Lundberg – Un petit carnet rouge

Il ne reste plus beaucoup de temps à Doris ; à 96 ans, elle vit seule à Stockholm et la seule personne de sa famille est sa nièce Jenny qui vit à San Francisco. C’est grâce à Skype qu’elles se parlent régulièrement. Mais Doris a peur que le temps ne suffisse pas à tout lui raconter et confier, alors elle prend des notes dans un petit carnet rouge dans lequel elle parle des gens qui étaient importantes dans sa vie, qu’elle a rencontrées et aimées. La vie de Doris touche à sa fin, Jenny vole à Stockholm avec sa fille cadette pour être là pour sa tante tant aimée et pour dire adieu.

Sofia Lundberg est journaliste et vit à Stockholm, « Un petit carnet rouge » est son premier roman qui a connu un grand succès en Suède. C’est une histoire d’une vie pleine d’aventures, de dangers, de succès et de défaites. Mais avant tout, c’est un roman sur l’amour, un amour qui a existé et qui a survécu, mais seulement à distance.

Ce qui m’a plus beaucoup, c’est l’alternance des deux histoires, d’un côté, d’accompagner Doris pendant ses derniers jours et d’autre, de connaître sa vie, peu à peu, dès son enfance. C’était une vie turbulente qui n’était jamais facile mais qui a fait de Doris la personne qu’elle est à la fin de sa vie : une grande dame avec un grand cœur qui a tout vécu et qui peut tant donner.

J’ai vraiment adoré le roman, les personnages sont tellement touchants et aimables qu’on ne veut pas les quitter à la fin. C’est un vrai bijou qu’il ne fallait pas du tout rater et il y a un vœu que la mère de Doris exprime quand elle est encore une petite fille qui montre très bien ce qui rend le roman tellement émouvant : elle lui souhaite

« Assez de soleil pour illuminer tes jours, assez de pluie pour apprécier le soleil, assez de joie pour nourrir ton âme, assez de peine pour savoir profiter des petits plaisirs et assez de rencontres pour savoir dire adieu. »